Toussaint 2019

Homélie du père Sylvain Lefort

Mt 5, 1-12
Père Sylvain Lefort

Pour la Toussaint, je commencerais avec une petite histoire. Une petite histoire du permis à points tirée du livre Parabole d’un curé de campagne.
Une chrétienne se présente à la porte du Ciel. Elle est tout intimidée. Saint Pierre la reçoit. Il essaie de la rassurer, mais il lui dit : « Pour entrer au ciel, il faut cent points. » Alors elle énumère : « J’ai été fidèle à mon mari toute ma vie. J’ai élevé chrétiennement tous mes enfants. Je n’ai pas bien réussi mais j’ai fait tout ce que j’ai pu. J’ai été catéchiste pendant vingt et un ans. Puis j’ai fait partie du Secours catholique. J’ai aussi donné un coup de main aux Restos du cœur. J’ai essayé de supporter les personnes que je côtoyais et puis nos voisins difficiles… ».
Quand elle s’arrête, saint Pierre lui dit : « Deux points et demi. » Pour elle c’est un grand coup à l’estomac. Alors elle essaie de dire : « Ah oui ! J’ai aussi fait tout ce que j’ai pu pour mes vieux parents. J’ai pardonné à ma sœur qui me faisait la tête après l’héritage… Et… Ah oui ! J’ai prié le chapelet souvent, j’ai participé à la messe régulièrement. Je ne l’ai manquée que pour la naissance de mes enfants. J’ai fait aussi des retraites chrétiennes de ressourcement… » Saint Pierre lui dit : « Vous êtes à trois points. » Elle est découragée.
Comment arriver à cent points ? Elle sent bien qu’elle a dit l’essentiel et qu’il lui sera difficile de trouver plus.
Les larmes aux yeux et la voix tremblante, elle dit : « Mais si c’est comme ça, je ne peux compter que sur la miséricorde de Dieu ! »
Saint Pierre déclare alors : « Cent points ! »
La miséricorde est combien importante pour chacun et chacune d’entre nous.
La sainteté n’est pas de se parfaire, mais de se laisser parfaire par Celui seul qui est saint et parfait, notre Père céleste.
La nature première de l’homme est bonne. Ou alors oublierions-nous la Genèse ? « Et Dieu vit que tout ce qu’il avait créé était bon. » Et après avoir créé l’homme et la femme : « Devant l’ouvrage de ses mains, il vit que cela était très bon. »
La nature de l’homme est bonne. Sa nature profonde est la bonté. C’est la première donnée de ce que je suis. Les fautes, les péchés, les faiblesses peuvent salir, obscurcirent le tableau, mais ce ne sont que des taches sur un tableau blanc, sur un fond de tableau blanc. Les taches sombres n’existent pas en premier, elles ne peuvent que se surajouter à la nature première. Elles ne sont pas le fond du tableau.
Oui, nous sommes saints, parce que Dieu l’a fondamentalement voulu. Et tout notre travail sera de nettoyer peu à peu ce tableau. Nous laver de nos souillures par nous-mêmes ? Non bien sûr ! Nous n’en sommes pas capables. Tout notre travail consistera à nous laisser laver et c’est bien là le plus difficile : consentir à cette dé-maîtrise de soi. Accepter que je ne puisse pas me laver tout seul. Je dois aller régulièrement au sacrement de réconciliation et poursuive mon chemin en accueillant la grâce de Dieu.
Oui, tous les saints sans le savoir sont « sel de la terre », ils donnent goût à la vie de ceux qu’ils croisent. La fête des saints que nous célébrons aujourd’hui est une fête de l’espérance.
Frères et sœurs, nous rendons grâce à Dieu, non seulement pour les saints et saintes de l’église, mais nous rendons grâce à Dieu pour l’espérance mise en nos cœurs, car chacun de nous peut devenir un saint s’il se laisse habiter et transformer par le Christ. En cette fête de la Toussaint, l’Eglise célèbre son Seigneur, Lui qui accueille auprès de Lui, tous ceux qui se sont laissés justifier par Lui.
« Tout homme qui fonde sur le Christ une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur », conclut saint Jean dans son épître.
« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! » Nous savons que les béatitudes sont la charte de la nouvelle alliance en Jésus, et tracent, dessinent son autoportrait, caché :
• Qui mieux que Jésus est « pauvre de cœur »  ?
• Qui mieux que Jésus a pleuré avec ceux qui pleuraient ?
• Qui a été persécuté pour la justice et la défense de la vérité sinon toi, Seigneur Jésus ?
• Insulté, calomnié, sinon toi, Jésus ?
• Qui plus que Toi, Jésus, a fait miséricorde : « Heureux les miséricordieux… »
Oui, en mettant nos pas dans les pas de Jésus, nous lui deviendrons semblables, jusqu’à faire nôtres ces béatitudes, qu’il nous propose par sa grâce.